Fiche d'information
sur
l'enquête sociale
générale de 1999
sur la
violence conjugale
L'Enquête sociale générale (ESG) de 1999 sur
la violence conjugale, rendue publique par Statistique Canada
le 25 juillet 2000, mesure l'étendue de la violence
dans les relations intimes au pays. Les conclusions de l'ESG révèlent
que les taux de violence conjugale chez les femmes et les hommes
ne sont que légèrement différents -
de 8 p. 100 pour les femmes et 7 p. 100 pour
les hommes mariés ou en union libre au cours des cinq années
antérieures, et de 4 p. 100 tant pour les femmes
et les hommes dans leur relation actuelle.
Dans un pays où pour chaque conjoint tué, 3,4 conjointes
subissent le même sort (Locke, 2000), où des statistiques
antérieures révèlent que 98 p. 100
des agressions sexuelles et 86 p. 100 des crimes violents
sont commis par des hommes (Johnson, 1996), que les femmes représentent
98 p. 100 des victimes de violence conjugale sous forme
d'agression sexuelle, d'enlèvement ou de prise d'otage
(Fitzgerald, 1999), et où 80 p. 100 des victimes
de harcèlement criminel sont des femmes alors que 90 p. 100
des personnes accusées sont des hommes (Kong, 1996), les
conclusions de l'ESG ne saisissent pas toute l'ampleur de la violence
des hommes à l'endroit des femmes.
Limites et
conclusions
- L'ESG est une enquête
téléphonique qui exclut les répondantes et
les répondants qui ne parlent pas l'une ou l'autre des
langues officielles, les personnes qui ont des difficultés
d'élocution, les Autochtones et les sansabri et les
pauvres vivant dans un ménage sans téléphone.
Cela signifie que les femmes en transition, sansabri et
qui tentent d'échapper à un partenaire violent ne
sont pas incluses dans l'enquête. Par conséquent,
les femmes les plus vulnérables, qui ont connu de multiples
formes de violence, en sont exclues.
- L'ESG tient compte des
réponses des répondantes et des répondants
aux questions portant sur leurs expériences de la violence
physique et psychologique subie aux mains de leur partenaire au
cours des 12 derniers mois et des cinq années précédant
l'enquête. Toutefois, les taux de violence psychologique
ne sont pas calculés dans les taux de violence conjugale -
ils font l'objet d'une compilation distincte même si, dans
les faits, la violence psychologique et la violence physique sont
liées, une de ces formes de violence précédant
et accompagnant souvent l'autre.
- Bien que l'ESG soit une
enquête sur la victimisation puisqu'elle demande aux répondantes
et répondants de préciser leurs expériences
avec la violence par opposition aux enquêtes sur les crimes
signalés, qui sont fondées sur les rapports de police
sur la violence, elle a des limites qui lui sont propres. Cela
comprend l'hypothèse selon laquelle les répondantes
et répondants sont en mesure de décrire leur expérience
de la violence et que les circonstances leur permettent de faire
de telles révélations. En outre, l'ESG interroge
les répondantes et les répondants uniquement sur
la violence subie aux mains de leurs partenaires au cours des
cinq dernières années et des douze derniers mois.
À titre de comparaison, l'Enquête sur la violence
envers les femmes (EVF, 1993) posait des questions aux femmes
sur la violence vécue depuis l'âge de 16 ans.
- Contrairement à
l'EVF, aussi menée par Statistique Canada, l'ESG ne mesure
pas le spectre complet des formes de violence dont sont victimes
les femmes. Les taux de violence conjugale de l'ESG ne comprennent
pas la violence psychologique, bien que cette dernière
soit mesurée sur une base distincte. Les résultats
ne comprennent pas non plus les types de données sur le
harcèlement sexuel obtenues de l'EVF ou d'autres enquêtes.
D'après ces enquêtes, 8 victimes sur 10 d'incidents
de harcèlement rapportés à la police étaient
des femmes et 9 accusés sur 10 des hommes (Kong 1996).
- Le module de questions
de l'ESG sur la violence dresse simplement la liste des différentes
formes de violence, allant d'incidents mineurs, comme le fait
de se faire lancer un objet, à des formes plus sérieuses
de violence comme se faire étrangler ou battre. Le module
n'exploite pas la dynamique de la violence qui s'articule autour
du pouvoir et du contrôle. Les questions semblent plutôt
considérer tous les gestes comme des formes égales
de violence. L'enquête ne prend pas en considération
comment la violence peut permettre d'exercer une domination ou
être utilisée en tant que forme de légitime
défense et de riposte. Les intentions et le contexte de
la violence sont ignorés.
- En dépit de ces
limites, les résultats de l'ESG révèlent
la gravité réelle de la violence faite aux femmes.
Non seulement un nombre beaucoup plus important de femmes sontelles
étranglées, battues, menacées avec une arme
et agressées sexuellement, mais les conséquences
de la violence subie sont multiples et prolongées. Comme
les résultats de l'ESG le démontrent, les femmes
craignent davantage pour leur vie, la sécurité de
leurs enfants et souffrent plus d'insomnie, de dépression,
de crises d'angoisse et d'une faible estime de soi attribuable
à la violence. Les femmes ont aussi indiqué subir
des blessures physiques et risquaient cinq fois plus que les hommes,
qui ont signalé avoir été victimes de violence,
d'avoir besoin de soins médicaux.
- plus de deux fois plus de femmes que d'hommes ont signalé
avoir étébattues;
- 5 fois plus de femmes que d'hommes ont signalé
avoir été étranglées;
- près de deux
fois plus de femmes que d'hommes ont signalé avoir été
menacées avec une arme ou un couteau;
- plus de six fois plus
de femmes que d'hommes ont signalé avoir été
victimes d'une agression sexuelle;
- 4 femmes sur 10 craignent
pour leur vie, comparativement à un homme sur 10;
- 4 fois plus de femmes
que d'hommes ont signalé avoir été menacées,
blessées, ou qu'une personne aimée a subi des menaces
ou des blessures;
- plus de deux fois plus
de femmes que d'hommes ont signalé que leur propriété
ou leurs biens ont été détruits;
- 4 fois plus de femmes
que d'hommes ont indiqué ne pas avoir accès au revenu
familial.
- L'ESG sur la violence ne
saisit qu'une petite partie du continuum de la violence dont sont
victimes les femmes à chaque jour. Elle ne tient pas compte
du contexte socioéconomique et politique dans lequel
vivent les femmes - un contexte symbolisé par l'état
d'objet, la sexualisation et la dévaluation des femmes
dans les médias, sur le marché du travail et par
le nombre croissant de femmes qui sont appauvries. Pas plus qu'elle
ne saisit le spectre complet de la violence à l'endroit
des femmes qui sortent des normes établies, ou qui sont
au croisement de diverses formes d'oppression. Elle ne tient pas
compte des formes extrêmes de violence comme l'homicide,
d'autres statistiques révélant que pour chaque mari
tué, 3,4 épouses subissent le même sort.
(Locke, 2000).
Références
Fitzgerald, Robin. La violence familiale au Canada : un
profil statistique. Statistique Canada, 1999.
Johnson, Holly. Dangerous Domains: Violence Against Women in
Canada. Scarborough, (Ontario), Nelson Canada, 1996.
Kong, Rebecca. « Harcèlement criminel »,
dans Juristat 16, 6. Centre canadien de la statistique
juridique. Statistique Canada, 1996.
Locke, Daisy. « Homicides familiaux », dans
La violence familiale au Canada : un profil statistique.
Ottawa : Statistique Canada, 2000, pp. 4351.

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